Le dessous de bock trouve son origine historique dans le dessus de bock. Au 19ème siècle, les chopes à couvercle protègent la bière de l’altération ; le verre à bière, dénué de couvercle, ne bénéficie pas de cette protection. Le verre de bière est alors servi avec une assiette, qui peut se mettre tantôt en-dessous pour protéger la table et tantôt au-dessus pour protéger la bière. Cette « fonction » est encore présente puisque les Allemands, attablés dans les Biergarten en été, posent leur sous-bock sur leur Mass pour éviter que les guêpes ne s’abreuvent de houblon.

Le dessous de bock est d’abord, à partir du milieu du 19ème siècle, une soucoupe, tour à tour en porcelaine, en bakélite ou en étain. Ces assiettes sont estampillées d’un montant qui permet au cafetier de calculer l’addition, par relevé de la dernière soucoupe ou du nombre de soucoupes empilées. Un brevet de 1879 mentionne ainsi les « soucoupes pour les verres à bière ou autre boisson servant en même temps de compteur enregistrant le nombre des verres consommés par le client »[1] . L’inconvénient de cette soucoupe est qu’elle récolte le surplus de bière plus qu’elle ne l’éponge. Elle est par ailleurs fragile et coûteuse.

Le sous-bock cartonné va naître des progrès et de l’innovation de l’industrie papetière. En 1867, M. Heinrich VOELTER d’Heidenheim présente lors de l’exposition universelle de Paris la première fabrique régulière de papier à bois [2]. Cette technique permet de produire du carton et donc des sous-bocks. La société parisienne Albert Faivre et Cie produit à cette époque un sous-bock, en carton pour certains auteurs [3], en éponge pour d’autres.

Notes de bas de page

[1] SOULINGEAS, Catherine. Les sous-bocks, (p. 20)

[2] FIGUIER, Louis. Les merveilles de l’industrie ou Description des principales industries modernes : le papier. 1873-1877 (p. 271 et s.)

En ligne sur Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k24671h.r=merveilles+industrie+papier.langFR

[3] SCHADE, Hugo. Entwicklungsgeschichte des Bierglasuntersetzers, 2008

[4] Robert Sputh, Wikipédia Deutschland

http://de.wikipedia.org/wiki/Robert_Sputh

[5] SCHADE, Hugo, ibid

[6] CALVERT, Ian. A guide to collecting Beer Mats, (p. 9)

[7] http://www.thekatzgroup.com/de/unternehmen/geschichte/

Machine Voelter pour la fabrication de pâte de bois, inLes merveilles de l’industrie ou Description des principales industries modernes : le papier” (p. 273).

Le sous-bock cartonné contemporain est une affaire allemande. Le dessous en carton apparaît en 1867 à Luckenwalde avec la société des frères Henschel qui achète la machine Voelter, puis en 1880 avec l’imprimerie-cartonnerie Friederich Horn. L’histoire retient que le sous-bock contemporain est créé par Robert Sputh le 25 octobre 1892 (brevet n°68499) [4]. À cette époque, l’usine de pâte de bois de R. Sputh produit un disque en feutre de bois, d’un diamètre de 111 mm et d’une épaisseur de 5 mm. Ce disque était ensuite envoyé chez un imprimeur dresdois [5].


Les premiers sous-bocks français sont produits autour de 1905 pour la brasserie de la Gerbe d’Or dans le Val d’Ajol (88) ou pour la brasserie Froehlich d’Ingwiller (67). Il faudra attendre 1922 pour que le sous-bock traverse la manche, au bénéfice de la brasserie Watney [6]. Le sous-bock est monocouleur et imprimé sur une seule face.

En 1903, la production industrielle de masse va être initiée par la fabrique allemande Katz & Klumpp [7]. L’entreprise Katz produit alors des poteaux téléphoniques et utilise les déchets de bois et la sciure pour produire de la pâte de carton.

Brasserie Gruber, Strasbourg. Vers 1910

En 1928, la cartonnerie Katz développe la première machine à impression automatique, avec une capacité de 30 000 sous-bocks par jour.


La technique utilisée est celle du moulage-pressage de la pâte de bois, puis de l’impression selon le procédé de la typographie (avec des matrices ou clichés en relief). Le sous-bock est alors essentiellement rond. La structure visuelle qu’il présente est sensiblement toujours la même : nom de la brasserie, marque, zone géographique et logo central.

Le sous-bock avant-guerre est essentiellement rond, même si on trouve des modèles carrés.

La seconde guerre mondiale constitue une rupture importante. L’interdiction d’imprimer (cartonnerie Jacquemin), l’usage du français interdit en Alsace/Moselle (sous bock des brasseries Perle, Colmar...), la destruction et la spoliation de cartonneries  (Leibenguth) fragilisent de nombreux imprimeurs.  Ils disparaissent ou arrêtent définitivement la production de dessous de bock (Leibenguth ou Lenig par exemple).

Voir la rubrique “Les cartonniers et imprimeurs” pour les acteurs concernés.

Deux sous-bocks de la brasserie strasbourgeoise Ch. Prieur. Le premier de 1938, le second de 1941. La seconde guerre mondiale (germanisation de l’Alsace) est passée par là.

Portrait de R. Sputh, un des inventeurs du sous-bock (Source : Wikipédia Deutschland

Petite histoire du sous-bock



Le sous-bock, des origines à 1945

Naissance, âge d’or et rupture

Entre 1900 et 1940, plus de 1400 modèles de sous-bocks français ont été produits.


La suite de l’histoire est ici....

Brasseries de Maxéville, Schutzenberger, de la Meuse, de Mutzig, du Fort Carré, Météor, Velten et Gruber. 1930-1940

Soucoupe en bakélite pour les bières Graff et Pêcheur. Vers 1940.

Coupelle en porcelaine estampillée 1,50 Frs. Début 20ème.

Coupelle Brasserie Schneider (Moulins). Vers 1930

La brasserie de Colmar devient ainsi Brauhaus Kolmar pendant la seconde guerre mondiale (premier sous bock).

Le design du sous-bock reste le même pendant plus de 30 ans (deuxième sous-bock des années 60).